Qu'en est-il des projets du remboursement des psychothérapies? (mise à jour, juin 2021)

On entend actuellement beaucoup d'annonces et de projets de loi ou de décrets au sujet des prises en charge des consultations chez le psychologue...d'autant plus depuis le début de la crise sanitaire où le soin psychique s'est révélé indispensable devant l'émergence de troubles et de souffrances psychiques.

Certaines personnes me demandent si je suis conventionné? Si je prend les" chèques psy" enfants, étudiants?
Je répond ici à la raison de mon positionnement actuel qui est de refuser de rentrer dans ces dispositifs tels qu'ils sont  proposés actuellement.

Le projet de remboursement des séances pour les adultes

L’expérimentation en cours depuis 2019 dans quatre départements français (dont les les Bouches du Rhône) prévoit le remboursement de 10 séances d’accompagnement psychologique de soutien de 30 minutes (payées chacune par la CPAM 22€ brut au psychologue), puis si nécessaire, de 10 séances de psychothérapie structurée de 45 minutes (32€ brut). Seules ont droit à cette prise en charge gratuite les personnes âgées de 18 à 60 ans souffrant d’un trouble anxieux ou d’une dépression légère à modérée. Il faut pour en bénéficier s’inscrire dans un parcours de soin précis : un rendez-vous chez son généraliste pour être orienté vers un psychologue conventionné, un rendez-vous chez le psychologue pour une évaluation, un retour chez le généraliste pour la prescription, les 10 séances de soutien chez le psychologue, un nouveau rendez-vous chez le généraliste pour un bilan, une consultation chez un psychiatre pour avis, un dernier rendez-vous chez le généraliste pour une nouvelle prescription et un retour chez le psychologue pour 10 séances de psychothérapie structurée.

Les "chèques psy" étudiant

(mise en place le 10 mars 2021)

L’étudiant doit s’adresser à son médecin traitant ou auprès du service de santé universitaire qui pourra l’orienter vers un psychologue partenaire. Il a droit à trois séances gratuites (l’étudiant ne fait aucune avance, le psychologue est directement remboursé à hauteur de 30 € la séance).

Au-delà d'un premier cycle de trois séances, il doit de nouveau retourner vers son médecin s’il souhaite bénéficier d’un second cycle de trois séances au plus.

Le "forfait 100% psy enfants"

(non encore effectif)

le projet tel que le gouvernement l'a annoncé: "la mise en place d’un «forfait 100% psy enfants », qui donne accès à 10 séances de psychologie sans avance de frais pour tous les enfants de 3 à 17 ans. Il sera activable tout au long de la crise, auprès de psychologues partenaires identifiables sur une plateforme, et dans le cadre d’un parcours de soin passant par tout médecin qui prescrira ce forfait d'urgence."

Pourquoi ces propositions ne sont pas acceptables ?

A aucun moment la profession n'a été véritablement concertée et associée à la réflexion. C'est par la presse que beaucoup d'entre nous  ont appris la mise en place des propositions gouvernementales en lien avec la crise sanitaire.

Si l'on prend l'exemple des étudiants, que deviendront-ils si au bout de 6 séances ils éprouvent le besoin d'être encore accompagnés ?

Selon le rapport de l'association Nightline (15/11/2020) le ratio actuel de psychologues présents dans les établissements de l'enseignement supérieur est de 1 pour 30 000 étudiants! Ne serait-il pas plus opportun de créer des postes?

Il en va de même dans les services de pédopsychiatries, CMPP, CMP adultes où les délais d'attente pour un premier entretien sont très longs  (voir l'article sur santé-mentale.fr)

Là encore devant ce constat, pourquoi ne pas renforcer les services existants et compétents plutôt que de faire appel au secteur privé?

Personne ne peut être opposé à l'accès aux soins pour tou mais cela relève, à mon sens, d'abord du service public.

D'autre part, lorsque j'accompagne des enfants ou adolescents, outre le fait que mes séances ne durent pas 30 mais 45 minutes, je rencontre régulièrement les parents sur des séances qui peuvent durer plus d'une heure selon la situation. Devrais-je facturer 2 séances ou devrais-je écourter mes entretiens quitte à ce que cela impacte la qualité de ceux-ci?

Concernant les projets de remboursement des séances pour les adultes là non plus, on ne peut pas y être opposé; la profession le réclame depuis longtemps. Mais les conditions présentées ne peuvent pas être acceptables.

La durée arbitraire de 30 min et le nombre de séances limité ne sont pas compatibles avec ma pratique et les besoins de mes patients. Beaucoup de mes collègues utilisent des outils thérapeutiques (EMDR, hypnose...) qui nécessitent des séances d'une heure. Cela sous entend-il qu'il faudrait abandonner cette pluralité de pratique et aller vers une uniformisation du soin psychique? Qu'en est-il alors de la liberté du psychologue du choix de ses outils et de son accompagnement thérapeutique?

Jusqu'alors le patient avait un accès direct au psychologue.  Pourquoi faudrait-il désormais passer par un médecin traitant (moins formé qu'un psychologue à la psychopathologie)? Y retourner pour demander de nouvelles séances, puis se rendre chez un nouveau professionnel: un médecin psychiatre (auprès duquel il est particulièrement long et difficile d'obtenir un rdv)? Pourquoi faudra-t-il adresser un compte-rendu au médecin? Qu'en est-il de la confidentialité, essentielle à la relation thérapeutique?

Quel parcours décourageant pour une démarche parfois si difficile à entreprendre!

D'autre part, les psychologues ne sont pas des personnels paramédicaux. Notre profession relève davantage des sciences humaines.

Pourquoi avoir limité ce projet aux " troubles anxieux et dépressions légères à modérées"? Quid des autres pathologies, des autres demandes de consultation?

Pourquoi avoir limité l'âge à 60 ans?

De plus, le remboursement à 22 € brut ne peut pas permettre à un psychologue installé en libéral de rentrer dans ses frais. Le moindre mal eut été peut-être de lui permettre un dépassement d'honoraires, mais cela ne lui sera pas permis.

C'est pourquoi les psychologues sont actuellement en colère. Ils ont manifesté le 10 juin dernier pour faire entendre leurs désaccords.