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Qu'en est-il des projets du remboursement des psychothérapies? (mise à jour, octobre 2021)
Cette année, on a entendu beaucoup d'annonces et de projets de loi ou de décrets au sujet des prises en charge des consultations psychologiques...notamment depuis l'arrivée de la crise sanitaire où le soin psychique s'est révélé indispensable devant l'émergence de troubles et de souffrances psychologiques et mentales.

Certaines personnes me demandent si je suis conventionné ou si je vais l'être? Si je prend les" chèques psy" enfants, étudiants?
Je répond ici à la raison de mon positionnement actuel qui est de refuser de rentrer dans ces dispositifs tels qu'ils sont  proposés actuellement.

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Expérimentation actuelle

L’expérimentation en cours depuis 2019 dans quatre départements français (dont les les Bouches du Rhône) prévoit le remboursement de 10 séances d’accompagnement psychologique de soutien de 30 minutes (payées chacune par la CPAM 22€ brut au psychologue), puis si nécessaire, de 10 séances de psychothérapie structurée de 45 minutes (32€ brut). Seules ont droit à cette prise en charge "gratuite" les personnes âgées de 18 à 60 ans souffrant d’un trouble anxieux ou d’une dépression légère à modérée. Pour en bénéficier, il faut s’inscrire dans un parcours de soin précis : un rendez-vous chez son généraliste pour être orienté vers un psychologue conventionné, un rendez-vous chez le psychologue pour une évaluation, un retour chez le généraliste pour la prescription, les 10 séances de soutien chez le psychologue, un nouveau rendez-vous chez le généraliste pour un bilan, une consultation chez un psychiatre pour avis, un dernier rendez-vous chez le généraliste pour une nouvelle prescription et un retour chez le psychologue pour 10 séances de psychothérapie structurée.

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Les "chèques psy" étudiant

(mise en place le 10 mars 2021)

L’étudiant doit s’adresser à son médecin traitant ou auprès du service de santé universitaire qui pourra l’orienter vers un psychologue partenaire. Il a droit à trois séances gratuites (l’étudiant ne fait aucune avance, le psychologue est directement remboursé à hauteur de 30 € la séance).

Au-delà d'un premier cycle de trois séances, il doit de nouveau retourner vers son médecin s’il souhaite bénéficier d’un second cycle de trois séances au plus.

Le "forfait 100% psy enfants"

le projet tel que le gouvernement l'a annoncé: "la mise en place d’un «forfait 100% psy enfants », qui donne accès à 10 séances de psychologie sans avance de frais pour tous les enfants de 3 à 17 ans. Il sera activable tout au long de la crise, auprès de psychologues partenaires identifiables sur une plateforme, et dans le cadre d’un parcours de soin passant par tout médecin qui prescrira ce forfait d'urgence."

Le Président Emmanuel Macron a annoncé le 28 septembre dernier le remboursement des psychothérapies dès 2022 à partir de l'âge de 3 ans. Il s'agirait d'un forfait de 8 séances (la première à 40 , les suivantes à 30) sur prescription d'un médecin -devenu "adressage" le lendemain-...
A ce jour nous n'avons pas plus de  précision ....

Pourquoi ces propositions ne sont pas acceptables ?

La profession n'a été véritablement concertée et associée à la réflexion. C'est par la presse que beaucoup d'entre nous ont appris la mise en place des propositions gouvernementales en lien avec la crise sanitaire.

Si l'on prend l'exemple des étudiants, que se passera-t-il si au bout de 6 séances ils éprouvent le besoin d'être encore accompagnés ?

Selon le rapport de l'association Nightline (15/11/2020) le ratio actuel de psychologues présents dans les établissements de l'enseignement supérieur est de 1 pour 30 000 étudiants! Ne serait-il pas plus opportun de créer des postes?

Il en va de même dans les services de pédopsychiatries, CMPP, CMP adultes où les délais d'attente pour un premier entretien sont très longs  (voir l'article sur santé-mentale.fr)

Là encore devant ce constat, pourquoi ne pas renforcer les services existants et compétents plutôt que de faire appel au secteur privé? Emmanuel Macron, à l'issue des assises de la santé mentale, a certes annoncé la création de 800 postes en CMP mais qu'est-ce que cela représente face au démantèlement de la psychiatrie depuis tant d'années!

Personne ne peut être opposé à l'accès aux soins pour tous mais cela relève, à mon sens, d'abord du service public.

Concernant les projets de remboursement des séances: là non plus, on ne peut pas  être contre; la profession le réclame depuis longtemps. Mais les conditions présentées sont pas acceptables.

Jusqu'alors le patient avait un accès direct au psychologue.  Pourquoi faudrait-il désormais passer par un médecin traitant (moins formé qu'un psychologue à la psychopathologie)? Faudra-t-il adresser un compte-rendu au médecin? Qu'en sera-t-il alors de la confidentialité, essentielle à la relation thérapeutique?

Pourquoi complexifier un parcours de soin, voire le rendre décourageant, pour une démarche parfois déjà si difficile à entreprendre!

D'autre part, les psychologues ne sont pas des personnels paramédicaux. Notre profession relève davantage des sciences humaines.

Actuellement l’expérimentation limite ce projet aux " troubles anxieux et dépressions légères à modérées"? Quid des autres pathologies, des autres demandes de consultation?

Pourquoi 8 séances? Que deviendra le patient qui en nécessiterait davantage? Pourra-t-il demander le renouvellement de sa prise en charge? Si oui, sur quel critères ou conditions?

De plus, le remboursement à 30 € brut ne peut pas permettre à un psychologue installé en libéral de se rémunérer décemment si on y soustrait tous les frais et cotisations obligatoires. Il pourrait compenser en augmentant le nombre de rendez-vous par jour; mais cela se ferait au détriment de la qualité du soin (qui demande écoute et disponibilité psychique!). Un autre moyen serait d'écourter ses séances. La durée de la consultation n'est plus évoquée dans le projet de loi, mais dans l’expérimentation actuelle, elle est fixée arbitrairement à 30 minutes. Or cela n'est pas compatible avec la réalité de nos pratiques. Par exemple, lorsque j'accompagne des enfants ou adolescents, outre le fait que mes séances ne durent pas 30 mais 45 minutes, je rencontre régulièrement les parents sur des séances qui peuvent durer plus d'une heure selon la situation. Devrais-je et pourrais-je facturer deux séances ou devrais-je écourter mes entretiens quitte à ce que cela impacte la qualité de ceux-ci? Beaucoup de mes collègues utilisent des outils thérapeutiques (EMDR, hypnose...) qui nécessitent des séances d'une heure ou plus. Cela sous entend-il qu'il faudrait abandonner cette pluralité de pratique et aller vers une uniformisation du soin psychique? Qu'en est-il alors de la liberté du psychologue du choix de ses outils et de son accompagnement thérapeutique?

Le moindre mal eut été peut-être de lui permettre un dépassement d'honoraires, mais cela ne lui est pour l'instant pas permis.

C'est pourquoi les psychologues sont actuellement en colère. Ils ont manifesté les 10 juin et 28 septembre derniers pour faire entendre leurs désaccords.